Archives de Tag: Législatives

Ménage à trois

Hénin-Beaumont n’en est pas à son dernier rebondissement. Alors que la ville spécule sur la décision du Conseil Constitutionnel qui devrait bientôt se prononcer sur le recours en annulation déposé par le FN, l’UMP suggérerait à y envoyer Claude Guéant pour faire barrage à Marine Le Pen. C’est en tout cas ce qu’affirme Le Journal du Dimanche dans son édition du 4 novembre. L’ancien ministre de l’Intérieur, emblématique des années Sarkozy critiqué pour être l’agent actif des idées frontistes au sein de l’UMP pourrait être parachuté dans une circonscription où le FN est déjà très fortement implanté. Si le projet est concrétisé, un énorme choc idéologique est donc à attendre dans la 11e circonscription du Pas-de-Calais. Cependant, à première vue, rien ne permet d’affirmer qu’un parachutage de Claude Guéant serait profitable à l’UMP. En effet, l’UMP est une force très peu implantée dans le paysage politique d’Hénin-Beaumont. Dès lors, l’UMP local avait décidé de ne présenter aucun candidat aux législatives et se contenta alors de soutenir le MoDem. De plus, une candidature de Claude Guéant serait immédiatement identifiée à la politique menée par Nicolas Sarkozy, qui fut très mal accueillie par les habitants d’Hénin-Beaumont comme en témoigne son faible score dès le premier tour de la présidentielle (15, 76 % contre 27,18 % au national). De plus, même si Claude Guéant est originaire de Vimy dans le Pas-de-Calais, l’ancien Ministre risque très probablement d’être considéré comme un parachuté qui vient opportunément profiter des hauts scores que réalise le Front National dans le bassin minier. La défaite de Mélenchon en juin dernier résultait incontestablement de son arrivée trop tardive sur place et fut tenu responsable de l’agitation médiatique qui avait alors ébranlé la ville. Après avoir accueilli Marine Le Pen et plus récemment Jean-Luc Mélenchon, Hénin-Beaumont est-elle prête à recevoir un nouveau poids lourd national ? Idée folle ou véritable intention politique ? Même ce projet ne se concrétise pas, il est révélateur d’une chose : Hénin-Beaumont devient progressivement un enjeu national majeur.

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A l’ombre des terrils

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Kémel / Le Pen : Round II

20 heures. Au soir du second tour des législatives, les résultats de la ville d’Hénin-Beaumont tombent : Marine Le Pen devance son opposant socialiste avec plus de 55 % des suffrages. La France entière croit alors à une victoire du Front National dans le bassin minier, bastion historique du socialisme et berceau du mouvement ouvrier. C’était sans compter sur les résultats des treize autres communes de la circonscription. En effet, Philippe Kémel a finalement eu raison de Marine Le Pen dans l’ensemble de la 11e du Pas-de-Calais. Mais la défaite est encore plus amère pour la candidate frontiste puisque la victoire s’est jouée sur le fil pour le candidat socialiste qui ne devance sa rivale que de 118 voix dans une circonscription qui compte près de 95 000 inscrits. Même si Marine Le Pen affiche une confiance de façade en affirmant qu’à chaque élection, le Front National fait au 1er tour, le score du 2nd tour de l’élection précédente, elle n’en cache pas moins son indignation. Ainsi, dès l’annonce de sa défaite Marine Le Pen demande à la Préfecture un recomptage des bulletins compte tenu du très faible écart de 118 voix entre les deux candidats qu’elle considère comme de la tricherie. La Préfecture ayant refusé la requête de Marine Le Pen, le Front National annonce qu’il va rapidement déposer un recours sur la table du Conseil Constitutionnel pour faire invalider l’élection. C’est désormais chose faite ! Afin de faire invalider l’élection du nouvel élu, le Front National estime avoir déniché plusieurs irrégularités dans des bureaux de vote de Carvin et Libercourt. Ce sont ces deux communes qui ont incontestablement permis l’élection de Philippe Kémel puisqu’il y a atteint 53 et 57 % et ont permis d’inverser la balance. Ainsi, selon l’équipe de campagne de Marine Le Pen, les irrégularités portent sur des dizaines de signatures litigieuses entre le premier et second tour dans les deux villes concernées. Le Front National prend pour exemple des personnes qui auraient signé au premier tour et dont on trouve des croix au second tour à la place de leurs signatures. Ainsi, le Conseil Constitutionnel se donne jusqu’à la fin de l’année pour A l’issue du second tour, Steeve Briois, suppléant de Marine Le Pen avait également dénoncé des distributions illégales de tracts de la part de militants communistes sur le marché de Méricourt alors que la campagne était terminée. Cet élément ne figure cependant pas dans le recours du Front National adressé au Conseil Constitutionnel. Dans le même temps, Philippe Kémel, qui siégeait pour la première fois hier au Palais Bourbon, a affirmé que Marine Le Pen « avait tous les droits » d’engager cette procédure. Après la violence du scrutin, ce recours est le premier round de la bataille judiciaire dans laquelle s’engouffre Hénin-Beaumont…

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Dernière surprise à Hénin-Beaumont

Marine Le Pen n’aura jamais été aussi proche du but. Et pourtant, elle chute aux portes de l’Assemblée nationale à l’issue d’une campagne redoutable qui avait déjà vu l’élimination de Jean-Luc Mélenchon dès le 1er tour. Mais la défaite est encore plus amère pour le Front National puisque la victoire s’est jouée sur le fil pour le candidat socialiste qui devance sa rivale que de 118 petites voix. La victoire de Philippe Kémel témoigne ainsi de l’efficacité de la dynamique du rassemblement républicain qui s’était articulée derrière sa candidature. Il a assurément pu bénéficier d’un report de voix massif des électeurs de Mélenchon, d’une partie de la droite modérée et du centre. Cependant, cette victoire de justesse ne dissimule aucunement l’enracinement incontestable du Front National dans le bassin minier. En effet, Marine Le Pen arrive en tête dans sept des quatorze municipalités de la circonscription prouvant ainsi que le vote FN n’est plus simplement un vote de protestation mais bien d’adhésion. La candidate frontiste a mis le paquet pour faire d’Hénin-Beaumont son fief et a ainsi réussi à faire oublier son appartenance à un parti d’extrême droite en se noyant dans le paysage local. En effet, en s’implantant depuis 2006 sur une terre de gauche dévastée par un chômage massif et de fulgurantes destructions d’emplois, Marine Le Pen est apparue comme la seule candidate du monde ouvrier face à une gauche notabilisée et clientéliste. Mais la dénonciation des affaires de corruption qui minent la fédération socialiste du Pas-de-Calais et de la gestion calamiteuse d’Hénin-Beaumont par l’ancien maire, Gérard Dalongeville qui a été démis de ces fonctions en 2009 pour « détournement de fonds, faux en écriture, et favoritisme » n’a apparemment pas été suffisante pour venir à bout de Philippe Kémel dans une région encore considérée comme le bastion du socialisme. En menant une campagne de terrain en toute discrétion, le candidat socialiste a su capitaliser sur le succès de François Hollande dans une circonscription qui l’avait couronné de plus de 60 % des suffrages. Surtout, en restant insensible aux attaques du Front National et en refusant de débattre avec Marine Le Pen, Philippe Kémel a évité tout affrontement direct préférant alors se consacrer aux sujets de fond. Cependant, le candidat socialiste a presque exclusivement mené campagne dans son fief Carvin, ainsi que dans la commune voisine de Libercourt, villes les plus peuplées de la circonscription après Hénin-Beaumont. Ces deux communes où il atteint 53 et 57 % ont permis d’inverser la balance, notamment à Hénin-Beaumont où Marine Le Pen a dépassé les 55 %. Raison de plus pour le Front National de s’indigner contre la victoire de Kémel. En effet, ces deux villes ont été intégrées à la 11e circonscription à l’issue du redécoupage administratif de 2012. Le Parti socialiste a gagné de peu, mais le Front Nation intensifie son implantation dans le bassin minier, de quoi faire redouter une opposition frontiste pour les prochaines municipales aux maires socialistes et communistes de la circonscription.

Une chose est certaine. Les médias n’ont pas encore fini de parler d’Hénin-Beaumont… En effet, Marine Le Pen a demandé un recompte des bulletins compte tenu de l’écart de 118 voix entre les deux candidats qu’elle considère comme de la tricherie. Pour ce faire, la candidate du Front National n’a pas manqué de rappeler que Philippe Kémel avait déjà été soupçonné de tricherie lors de l’investiture socialiste. La Préfecture ayant refusé la requête de Marine Le Pen, le Front National va rapidement déposer un recours sur la table du Conseil Constitutionnel pour faire invalider l’élection. Dans le même temps, Jean-Luc Mélenchon a annoncé son intention de s’implanter localement et d’ouvrir une permanence du Parti de Gauche à Hénin-Beaumont où il sera présent une fois par semaine afin de combattre durablement le Front National au cœur. Mais surtout, ce sont les municipales de 2014 qui attirent déjà tous les regards et les ambitions. En effet, Steeve Briois, suppléant de Marine Le Pen a d’ores et déjà annoncé son ambition de briguer la Marie d’Hénin-Beaumont, tout comme l’ancien maire Gérard Dalongeville dont le procès se tiendra courant 2013. A Hénin-Beaumont, les habitants n’en sont pas au dernier rebondissement. Affaire à suivre…

Actualisation : La bataille qui avait opposé Marine Le Pen et Mélenchon est loin d’être terminée. La présidente du tribunal correctionnel de Béthune a fixé au 11 octobre l’audience concernant l’affaire des faux tracts.

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L’actualité et les résultats du 2nd tour à Hénin-Beaumont en direct

Résultats 2nd Tour (11ème circonscription)

Philippe Kémel est élu député de la 11ème circonscription du Pas-de-Calais.

La victoire de Kémel témoigne de l’efficacité de la dynamique du Front Républicain qui s’était articulée derrière sa candidature. Ainsi, il a pu bénéficier d’un report de voix massif des électeurs de Mélenchon, du reste de la gauche, et d’une partie de la droite modérée.

Abstention : 40,82%

Résultats 2nd Tour (Ville d’Hénin-Beaumont)

Les résultats de la ville d’Hénin-Beaumont sont à prendre avec précaution. En effet, Marine Le Pen y avait recueilli 48,21 % des suffrages, soit 5,85 points au-dessus lors du premier tour.

22h37 - La demandé de recomptage des bulletins a été refusé par la Préfecture. Le Front National annonce qu’il déposera donc un recours au Conseil Constitutionnel pour faire invalider l’élection.

21h54 – Marine Tondelier (EELV) condamne les méthodes du Front National en disant que "l’élection aurait pu être invalidée" en raison des tracts anonymes et de l’affichage sauvage.

21h46 - Steeve Briois (FN) déclare que "ce soir, il n’y a ni perdant ni gagnant" et dénonce des "milices communistes" qui auraient distribués des tracts hier sur le marché de Méricourt.

21h26 - Martine Aubry salue la victoire de Philippe Kémel.

21h00 – Marine Le Pen demande un recomptage des voix auprès de la Préfecture.

20h52 - Une dizaine hommes armés ont été arrêtés par la police à Hénin-Beaumont.

20h50 - Jean Marie Le Pen accuse Jean Urbaniak (MoDem / UMP) d’être a l’origine de la défaite de Marine Le Pen. En effet, le candidat du MoDem soutenu par l’UMP à appeler à voter pour Philippe Kémel au second tour.

20h00 - Marine Le Pen arrive largement en tête dans la ville d’Hénin-Beaumont avec plus de 55% des voix.

18h00 – Fermeture des bureaux.

17h00 – Le taux de participation à 17h dans le Pas-de-Calais s’élève à 45,67 %. Pour le 1er tour, il était, à cette heure-ci, de 47,50%..

12h00 - Le taux de participation à midi est de 17,65 % dans le Pas-de-Calais. La semaine dernière, il était, à la même heure plus faible, à 15,83 %.

11h15 - Marine Le Pen et Steeve Briois, son suppléant, votent au bureau de l’école Jean-Jacques Rousseau d’Hénin-Beaumont où elle avait recueilli 48,88 % des suffrages au premier tour.

10h00 - Phillipe Kémel, le candidat socialiste vote à Carvin, la commune dont il est le Maire avant de faire une tournée de la circonscription.

08h00 - Ouverture des bureaux de vote dans les 14 communes de la 11ème circonscription.

Résultats du 1er Tour

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De quoi Steeve Briois est-il le nom ?

Marine Le Pen l’annonce déjà comme le prochain maire d’Hénin-Beaumont. Son nom : Steeve Briois. Bien connu des habitants d’Hénin-Beaumont, le suppléant de Marine Le Pen est incontestablement l’atout charme de la candidate du FN. Militant frontiste depuis l’âge de 15 ans, il a le profil idéal. Enfant du pays, fils d’ouvrier et petit-fils de mineur, il colle les affiches et distribue des tracts depuis le lycée. Il se présente à toutes les élections pour le FN depuis 1995. Ainsi, plus la ville s’effondre sous le poids du chômage et de la désindustrialisation, plus ses scores montent. Surtout, ses succès électoraux se conjuguent à ses combats effrénés contre le Parti Socialiste local dont il participe à mettre en lumière les affaires de clientélisme et de corruption. Steeve Briois a donc contribué à préparer le terrain pour l’arrivée de Marine Le Pen en 2007. En effet, à l’occasion des législatives de 2007, il avait besoin d’un poids lourd médiatique afin de pouvoir briguer plus facilement la Mairie d’Hénin-Beaumont quand Marine Le Pen avait besoin d’un ancrage local. A l’origine de son parachutage dans le Pas-de-Calais et de sa percée à toutes les élections, Steeve Briois fut amplement remercié lors de l’accession de Marine Le Pen à la tête du parti qui le nomma alors secrétaire général du FN.  Depuis, il orchestre la campagne du Front National et laboure la circonscription grâce à un tractage acharné et des méthodes militantes inspirées du Parti Communiste. Cette présence sur le terrain est indispensable pour le Front National afin de combler les absences de la candidate frontiste qui sans lui est totalement perdue sur le terrain. Aimable, toujours prêt à rendre service, il connaît sur le bout des doigts les préoccupations des habitants et  participe à apporter une couleur locale à la figure nationale qu’est Marine Le Pen, accent ch’ti à la clef. Ainsi, la popularité dont bénéficie ce
duo de choc en ferait envier plus d’un dans le paysage politique du bassin minier. Avec son compère de toujours, Bruno Bilde, directeur de campagne de Marine Le Pen, ils ont incontestablement participé à l’incroyable percée du Front Nation à Hénin-Beaumont, pourtant bastion historique du socialisme. Âgé de 39 ans, Steeve Briois est donc indispensable à Marine Le Pen d’abord pour sa présence locale mais aussi parce qu’en tant que fils d’ouvrier, il crédibilise le discours de Marine Le Pen auprès des classes populaires et incarne le changement de discours du Front National.

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Quel avenir pour Mélenchon à Hénin-Beaumont ?

« Ce soir, c’est le cœur paisible que je vais quitter cette scène…mais pas ce département ». C’est en prononçant cette phrase que Jean-Luc Mélenchon clôture l’annonce de sa défaite à Hénin-Beaumont. Digne, le visage grave mais esquissant toutefois un léger sourire, Jean-Luc Mélenchon déclenche immédiatement une vague de spéculation chez ses militants, venus le rencontrer une dernière fois. Restera ? Restera pas ? Pour eux, le message subliminal est clair : Il n’est pas question pour Mélenchon de quitter le bassin minier de sitôt. Le suspense tombe rapidement lorsque, dans un entretien accordé à La Voix du Nord, Mélenchon annonce clairement son désir de s’ancrer localement. Cependant, il n’est pas question pour lui de briguer un nouveau poste politique dans le Pas-de-Calais, mais plutôt de faire vivre le débat d’idées. Ainsi, Mélenchon a pour ambition de proposer une manière différente d’envisager la politique, ne se limitant pas au fait d’être candidat. Derrière ce projet, le leader du Front de Gauche espère bien combattre le Front National au cœur, ne se limitant plus cette fois au duel médiatique mais à des questions de fond, qui étaient totalement absentes lors de la campagne du premier tour. Mélenchon a donc pris conscience de ses erreurs et espère dynamiser davantage son action dans le bassin minier sur le long terme. C’est dans cette perspective que Mélenchon, même sans légitimité d’élu, interviendra dans les prochains rendez-vous électoraux, qui promettent d’être musclés. En effet, le Front National présentera sans doute des candidats dans chaque municipalité de la circonscription, désirant capitaliser sur les hauts scores de Marine Le Pen, qui arrive en tête dans toutes les communes de la 11e, à l’exception de Noyelles-Godault, fief de Jean Urbaniak, candidat du MoDem soutenu par l’UMP. Mais le combat s’annonce plus tendu encore à Hénin-Beaumont, où Marine Le Pen annonce déjà Steeve Briois, son suppléant et secrétaire général du FN, comme le prochain Maire. Mélenchon y épaulera sans doute le candidat du Front de Gauche et pourquoi ne pas y être candidat… Hypothèse qui n’est pas exclue par les proches de Mélenchon qui affirment que toutes les prochaines décisions se feront en collectif. Dans ce contexte, le leader du Front de Gauche bénéficie d’un atout de poids qu’est la mobilisation de la machine militante communiste qu’il a remise en marche en faisant revivre la mémoire ouvrière du bassin minier. Ainsi, Mélenchon se prépare à quadriller le terrain pour faire vivre ses idées et de ne pas laisser Marine Le Pen faire de Hénin-Beaumont, le bastion du Front National. En nietzschéen convaincu, Jean-Luc Mélenchon jure que « Ça ne fait que commencer ! ». Tant que Marine Le Pen n’est pas prête de quitter Hénin-Beaumont, Mélenchon n’est pas prêt de lâcher le bassin minier.

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La guerre des fronts n’aura pas lieu

Jean-Luc Mélenchon perd pour la seconde fois le duel qu’il avait engagé avec Marine Le Pen. La présidente du Front National, bien implantée localement est arrivée en tête du premier tour avec plus de 40 % des voix. Mais surtout, le candidat du Front de Gauche a été devancé par son concurrent socialiste, Philippe Kémel qui sera donc au second tour. Pourtant favori des sondages, Mélenchon n’a pas réussi son pari de se présenter face Le Pen dans un duel inédit dans l’histoire de la Ve République.

Jean-Luc Mélenchon, arrivé surprise à Hénin-Beaumont quelques jours seulement après la présidentielle n’avait que quatre semaines pour séduire. Cela ne l’a pas empêché de mener une campagne dynamique, en multipliant les réunions publiques, les meetings en plein air et surtout en menant une marche pour la fraternité et contre l’austérité qui avait alors rassemblé plusieurs milliers de personnes. Mélenchon a ainsi fait revivre la mémoire ouvrière en s’appropriant les symboles du bassin minier. Le leader du Front de Gauche avait également engrangé le soutien du MRC, véritable force de frappe de la circonscription, et de certains élus socialistes, convaincus que Mélenchon pouvait alors instaurer une « gauche sans complexe et sans casserole ». En effet, Mélenchon, conscient que élection se jouait au premier tour, pariait sur une mobilisation massive de l’électorat socialiste en apparaissant comme la relève à gauche dans un département où le PS est fragilisé dans des affaires de corruption et de clientélisme. Mais cela n’aura pas suffi à Mélenchon pour s’imposer devant le socialiste, Philippe Kémel, jusqu’alors considéré comme « le plus connu des candidats inconnus ». Mais la défaite est encore plus amère pour Mélenchon quand on sait qu’il n’y a que milles voix d’écarts entre les deux candidats.

Le candidat du PS avait pourtant mené une campagne sans grande originalité, incarnant à merveille la « normalité » engagée par Hollande lors de la présidentielle. En effet, cet ancien professeur d’économie logistique, au profil très technocratique paraissait bien effacé face au duel front contre front et tout le battage médiatique qui s’articulait autour des candidatures de Mélenchon et de Le Pen. Mais c’est cependant cette campagne un peu terne qui fut sa principale force. En s’appuyant sur sa légitimité de représentant de la majorité présidentielle dans une circonscription qui a voté à plus de 60 % pour Hollande au second tour de la présidentielle, Philippe Kémel a su offrir une perspective rassurante aux électeurs. Fort de son expérience de terrain en tant que Maire de Carvin, deuxième ville de la circonscription, et Vice-Président du Conseil régional a conférer une dimension locale et traditionnelle à sa campagne en se tenant à l’écart de la bataille entre les deux fronts à Hénin-Beaumont reclus dans sa Mairie de Carvin. Ainsi, Kémel s’est contenté d’une seule réunion publique à l’occasion de la visite de soutien de Martine Aubry, qui n’avait pas cédé face aux demandes de certains élus locaux qui plaident en faveur du désistement du candidat socialiste en faveur de Mélenchon dès le premier tour. Philippe Kémel avait également l’avantage de n’être en rien associé aux affaires de corruption et de clientélisme qui minent la fédération socialiste du Pas-de-Calais. Mais surtout, Phillipe Kémel doit incontestablement sa présence au second tour à son fief de Carvin, seule municipalité de la circonscription où il est arrivé en 2e position.

L’équipe de campagne de Mélenchon s’accorde à justifier la défaite de Mélenchon par la publication d’un sondage juste avant le premier tour plaçant Philippe Kémel comme le candidat le mieux placé pour battre Marine Le Pen au second tour. Le candidat socialiste disposant alors d’une majorité plus confortable a donc pu bénéficier d’un vote utile de taille puisque lui permettant sa qualification au second tour au nez et à la barbe de Mélenchon qui n’apparaissait alors pas en mesure de battre le Front National. En effet, Mélenchon est tenu comme responsable de toute l’agitation médiatique déferlant sur Hénin-Beaumont qui finissait par agacer nombre d’habitants. Même si le Front National était lui aussi impliqué dans ce battage médiatique, Mélenchon, arrivé plus tardivement est considéré comme le principal coupable de ce climat de tension. Même si Mélenchon a centré sa campagne sur le terrain social en défendant l’augmentation du Smic à 1700 €, il est plus apparu comme revanchard de Marine Le Pen, menant une bataille personnelle et non électorale. Ainsi, le candidat du Front de Gauche n’est pas parvenu à se défaire de son image de « parachuté » surtout lorsqu’il avait face à lui, Marine Le Pen implantée depuis 2006 à Hénin-Beaumont et bénéficiant du solide soutien de militants de terrain qui ont collé et tracté sans relâche. Les fameux faux tracts appelant à voter pour le candidat du Front de Gauche en français et en arabe ont aussi participé à éliminer Mélenchon dès le premier tour. En effet, nombreux furent les habitants de la 11e circonscription à n’y avoir vu que du feu.

Mélenchon éliminé, le PS et son représentant, Philippe Kémel doivent désormais affronter seuls Marine Le Pen, déjà très agressive envers son nouvel opposant qu’elle considère comme un candidat « inodore, incolore, sans saveur, sans portée, et donc inutile ». Surtout, elle lui reproche de ne pas avoir dénoncé la gestion calamiteuse de l’ancien Maire d’Hénin-Beaumont, Gérard Dalongeville, démis de ces fonctions pour corruption, détournement de fonds, faux en écriture et favoritisme. Après la bataille front contre front, la guerre Front national contre Front républicain risque d’être brutale à Hénin-Beaumont. Cependant, les militants socialistes restent confiants. Marie Le Pen fait certes 42 % dès le premier tour, mais il lui sera difficile de mobiliser pour le second tour, ne pouvant tabler que sur quelques maigres réserves de voix. Fort de son enracinement local, Philippe Kémel pourra quant à lui bénéficier d’un soutien massif des électeurs de Mélenchon et aussi de la droite modérée et républicaine qu’incarne le candidat du MoDem soutenu par l’UMP, Jean Urbaniak. Derrière cette surprise qu’est l’élimination de Mélenchon au premier tour, il faut tout de même rappeler que l’abstention a atteint 42 % dans la 11e circonscription du Pas-de-Calais. Ainsi, le destin de la 11e circonscription est désormais entre les mains des abstentionnistes.

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[Direct] Hénin-Beaumont : Kémel crée la surprise

Les résultats du premier tour des élections législatives dans la 11ème circonscription du Pas-de-Calais, où s’affrontent notamment Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen.

Résultats 1er Tour (11ème circonscription)

A la surprise générale, c’est Philippe Kémel qui affrontera Marine Le Pen au second tour.

Abstention : 42,88%

Résultats 1er Tour (Ville d’Hénin-Beaumont)

 Sondage 2ème Tour

 Sondage IFOP-Fiducial

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La France vote, Hénin-Beaumont aussi…

C’est sans doute la circonscription la plus observée de France. Dans quelques heures retentira l’heure de vérité pour les candidats de la 11e circonscription du Pas-de-Calais au sortir d’une impitoyable campagne au paroxysme de la violence.

Jean Luc Mélenchon (Front de Gauche)

C’est la bataille la plus risquée de sa longue carrière politique. Toutefois, même si Marine Le Pen a recueilli 30 % des voix au premier tour dans la 11e circonscription, la circonscription reste très ancrée à gauche puisque ses habitants ont voté à plus de 60 % pour Hollande au second tour. Dans ce contexte, le candidat du Front de Gauche bénéficie d’un atout de poids. En effet, le Parti socialiste local est miné par des affaires de corruption et de financement occulte à répétition. Mélenchon fait donc tout pour séduire les électeurs socialistes de la circonscription pouvant compter sur le soutien en off de certains élus socialistes et du MRC, importante force de frappe dans la circonscription. Ainsi, Mélenchon a rapidement compris que son élection se jouait au premier tour. En effet, s’il est présent au second tour, il sera assuré d’une victoire face à Marine Le Pen rassemblant derrière lui les forces républicaines de la circonscription. En multipliant les réunions publiques, les meetings en plein air et en menant une marche pour la fraternité et contre l’austérité, Mélenchon a su donner une dynamique à sa campagne comme le prouvent les sondages qui le donnent gagnant dans tous les cas de figure. Ainsi, La venue de Mélenchon a remis en route la machine militante communiste du bassin minier qui sommeillait depuis la fermeture des mines et la fin des revendications ouvrières. Il fait campagne contre Marine Le Pen comme il la fait lors de la présidentielle. En effet, Mélenchon se nourrit de l’atmosphère pesante instauré par le Front National comme en témoigne la distribution de tracts anonymes pour s’inscrire de son combat contre le fascisme. Cependant Mélenchon doit aussi faire campagne avec son étiquette de « parachuté » et son arrivée tardive sur le terrain, faiblesse dont n’est pas affectée Marine Le Pen.

Marine Le Pen (Front National)

Installée depuis 2007 à Hénin-Beaumont, Marine Le Pen joue d’abord son entrée à l’Assemblée nationale. Ainsi, son élection lui offrirait une plus forte visibilité nationale et validerait ainsi sa stratégie de dédiabolisation. En effet, en s’implantant sur une terre de gauche dévastée par un chômage massif et de fulgurantes destructions d’emplois, Marine Le Pen cherche incontestablement à apparaître comme la candidate des classes populaires. Elle a été la seule candidate du Front National qualifiée pour un second tour aux législatives de 2007. La liste menée par son bras droit, l’enfant du pays Steeve Briois aux municipales de 2009 avait atteint les 47 % après avoir dénoncé la gestion calamiteuse de la ville par l’ancien maire Gérard Dalongeville. En effet, Marine Le Pen peut s’appuyer sur sa garde rapprochée pour labourer le terrain en son absence. « La bande des 3 B » comme les appellent les médias locaux composée de Steeve Briois, son suppléant, de Bruno Bilde, son directeur de cabinet et de Laurent Brice, responsable de la fédération FN du Pas-de-Calais bénéficient d’une popularité sur le terrain à force de campagne sur les marchés et porte-à-porte. Cependant l’essentiel de ses forces se concentre à Hénin-Beaumont et peine à s’imposer dans les autres municipalités de la circonscription surtout quand celles-ci sont communistes. Créditée de 37 % pour le premier tour, Marine Le Pen espère bien transformer l’essai dans une circonscription où elle a atteint le score de 30 % au premier tour de la présidentielle.

Philippe Kémel (Parti Socialiste)

Mais pour espérer battre Le Pen, Mélenchon doit d’abord passer devant Philippe Kémel, maire de Carvin, deuxième ville la plus importante de la circonscription, investi par le Parti Socialiste. Même si la fédération socialiste du Pas-de-Calais est abîmée par les affaires de corruption, de détournement de fonds et de favoritisme, Philippe Kémel espère bien capitaliser sur le succès de François Hollande qui avait recueilli plus de 28 % des suffrages dans le bassin minier. Ainsi, Philippe Kémel, qui a l’avantage de n’avoir jamais été mêlé aux affaires du PS, mise tout sur son étiquette de candidat pour la majorité présidentielle. Surtout, le candidat socialiste espère bien jouer la carte de l’élu de terrain que lui offre son statut de maire de la circonscription et vice-président de la région, et s’efforce ainsi de donner une couleur locale à sa campagne centrée sur les préoccupations des habitants. Au-delà de la mauvaise image du PS local, Philipe Kémel doit aussi faire face à une division de la gauche. En effet, ses adversaires l’accusent de tricherie à la primaire interne où il n’a été désigné que d’une très courte majorité et n’ont pas manqué de faire pression dès l’arrivée de Mélenchon à Hénin-Beaumont pour son désistement dès le premier tour. Cependant, l’hypothèse d’un second tour opposant Marine Le Pen à Philippe Kémel n’est pas à exclure. En effet, l’écart se resserre entre Jean-Luc Mélenchon fort de ses 25 % et son rival socialiste crédité de 21,5 %. Surtout, dans le cas où Philippe Kémel serait opposé à la candidate d’extrême droite, le candidat socialiste s’imposerait avec 57 %, une marge beaucoup plus importante que celle de Mélenchon qui recueillerait alors 52 % des suffrages. En effet, en adoptant une posture sereine et en s’écartant du choc frontal qui sévit à Hénin-Beaumont, Philippe Kémel pourrait bien créer la surprise…

Jean Urbaniak (MoDem / UMP)

Face à la guerre des trois qui rassemblerait 83 % des voix, le candidat du MoDem, Jean Urbaniak est sérieusement en difficulté. La solution trouvée fut la formation d’un ticket MoDem / UMP inédit dans la circonscription afin de rassembler les forces de la droite et du centre, très peu implantées dans le paysage politique à Hénin-Beaumont. Fort de son expérience en tant qu’ancien député indépendant, qu’il fut entre 1993 et 1997, et de son ancrage local, le maire MoDem de Noyelles-Godault espère, grâce à cette alliance avec l’UMP local, pouvoir accéder au second tour. Cependant, Jean Urbaniak peine toujours à s’imposer dans la campagne marquée par le climat tendu entre les deux fronts. Grand absent sur les marchés et rendez-vous locaux de la circonscription, il mène une campagne sans grand relief en restant exclusivement dans son fief de Noyelles-Godault, seule ville du MoDem de la circonscription où toutes les municipalités sont socialistes ou communistes. Les sondages sont révélateurs de cette situation puisqu’il y est crédité de 13 %.

Marine Tondelier (Europe Ecologie Les Verts)

A l’ombre des poids lourds de la politique française et des barons locaux, une autre candidature fait son bout de chemin à Hénin-Beaumont. En effet, entre meeting, tractage sur les marchés et porte à porte, Marine Tondelier candidate d’EELV s’impose progressivement dans le paysage politique d’Hénin-Beaumont. Cette jeune Héninoise de 25 ans tout juste sortie de Science Po espère bien prouver que l’écologie est la meilleure solution pour répondre aux problèmes du bassin minier frappé de plein fouet par le chômage et la désindustrialisation. Lors du débat télévisé sur France 3 Nord-Pas-de-Calais, elle a fait entendre sa différence, en dénonçant le climat d’occupation instauré par la présence de Marine Le Pen et de Jean-Luc Mélenchon dans la 11e circonscription. Marine Tondelier a ainsi montré sa volonté de travailler sereinement et paisiblement dans l’intérêt des habitants d’Hénin-Beaumont. Bien qu’elle ne soit créditée que de 2,5 % dans les sondages, elle espère tout de même créer la surprise et prouver qu’à Hénin-Beaumont, une autre Marine est possible.

Retrouvez les résultats du premier tour des élections législatives dans la 11e circonscription du Pas-de-Calais, où s’affrontent Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen ce soir à 18 heures sur le blog Front contre Front.
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Mélenchon : Staline ou Hitler ?

Les habitants d’Hénin-Beaumont se souviendront longtemps de cette campagne des législatives. En effet, depuis l’arrivée de Jean-Luc Mélenchon dans la 11e circonscription du Pas-de-Calais, ce ne sont pas moins de cinq tracts anonymes qui ont été distribués dans les boites aux lettres du bassin minier. Mélenchon, plus habitué à être comparé à Staline par ses ennemis de la droite radicale s’est donc vu représenté sous les traits d’Adolf Hitler dans le dernier tract en date, avec en arrière-plan le slogan figurant à l’entrée du camp d’Auschwitz : "Arbeit macht frei". Le tout est accompagné d’une phrase prononcée par le leader du Front de Gauche lors d’une interview : « Notre objectif reste de battre le FN, de l’éradiquer politiquement, on y passera le temps qu’il faudra jusqu’à ce qu’on ait le dernier mot ».

Même si le procédé rappelle étrangement les faux tracts appelant à voter pour le candidat du Front de Gauche en français et en arabe, rien ne permet d’affirmer que le Front National est à l’origine de ces nouveaux tracts. En effet, il n’aurait pas été cohérent pour le Front National de dénoncer d’abord Mélenchon comme étant le candidat du communautarisme pour ensuite le représenter en candidat nazi. De plus, on peut s’interroger sur l’objectif qu’aurait le Front National à reprendre les mêmes codes dans un nouveau tract si c’est pour rester anonyme.  Le parti de Marine Le Pen, lancé dans une stratégie de dédiabolisation a tout de suite réagi face à la polémique déclenchée par ce tract. Ainsi, la présidente du FN a nié toute responsabilité dans la distribution de ce tract parlant alors de « pastiche ». En effet, il semblerait que le tract en question n’ait pas encore été distribué dans les boites aux lettres de la circonscription mais qu’il fut uniquement diffusé sur les réseaux sociaux. Là aussi, on peut se demander l’intérêt qu’aurait le Front National à diffuser d’abord le tract sur les réseaux sociaux avant de le distribuer dans les boîtes aux lettres. Ainsi, ce tract peut provenir de n’importe qui, même n’étant en rien concerné dans le combat d’Hénin-Beaumont. C’est donc tout naturellement que le Front de Gauche serait à l’origine de ce tract. En effet, Marine Le Pen a annoncé la diffusion d’autres documents de campagne très virulents après le faux-tract en arabe. Jean-Luc Mélenchon aurait tout à gagner en adoptant une stratégie de victimisation face aux campagnes incessantes de tractage menées par le Front National depuis son arrivée à Hénin-Beaumont. Le Front de Gauche a tout de même annoncé son intention de porter plainte. Aucune hypothèse n’est donc à exclure dans cette nouvelle affaire de tract qui s’annonce plus tendue que jamais. A Hénin-Beaumont, le duel front contre front se résume ainsi plus souvent à une guerre des tracts qu’à un véritable débat de fond sur les préoccupations des habitants qui sont nombreux à souffrir du chômage et de la désindustrialisation.

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