Jean-Luc Mélenchon perd pour la seconde fois le duel qu’il avait engagé avec Marine Le Pen. La présidente du Front National, bien implantée localement est arrivée en tête du premier tour avec plus de 40 % des voix. Mais surtout, le candidat du Front de Gauche a été devancé par son concurrent socialiste, Philippe Kémel qui sera donc au second tour. Pourtant favori des sondages, Mélenchon n’a pas réussi son pari de se présenter face Le Pen dans un duel inédit dans l’histoire de la Ve République.

Jean-Luc Mélenchon, arrivé surprise à Hénin-Beaumont quelques jours seulement après la présidentielle n’avait que quatre semaines pour séduire. Cela ne l’a pas empêché de mener une campagne dynamique, en multipliant les réunions publiques, les meetings en plein air et surtout en menant une marche pour la fraternité et contre l’austérité qui avait alors rassemblé plusieurs milliers de personnes. Mélenchon a ainsi fait revivre la mémoire ouvrière en s’appropriant les symboles du bassin minier. Le leader du Front de Gauche avait également engrangé le soutien du MRC, véritable force de frappe de la circonscription, et de certains élus socialistes, convaincus que Mélenchon pouvait alors instaurer une « gauche sans complexe et sans casserole ». En effet, Mélenchon, conscient que élection se jouait au premier tour, pariait sur une mobilisation massive de l’électorat socialiste en apparaissant comme la relève à gauche dans un département où le PS est fragilisé dans des affaires de corruption et de clientélisme. Mais cela n’aura pas suffi à Mélenchon pour s’imposer devant le socialiste, Philippe Kémel, jusqu’alors considéré comme « le plus connu des candidats inconnus ». Mais la défaite est encore plus amère pour Mélenchon quand on sait qu’il n’y a que milles voix d’écarts entre les deux candidats.
Le candidat du PS avait pourtant mené une campagne sans grande originalité, incarnant à merveille la « normalité » engagée par Hollande lors de la présidentielle. En effet, cet ancien professeur d’économie logistique, au profil très technocratique paraissait bien effacé face au duel front contre front et tout le battage médiatique qui s’articulait autour des candidatures de Mélenchon et de Le Pen. Mais c’est cependant cette campagne un peu terne qui fut sa principale force. En s’appuyant sur sa légitimité de représentant de la majorité présidentielle dans une circonscription qui a voté à plus de 60 % pour Hollande au second tour de la présidentielle, Philippe Kémel a su offrir une perspective rassurante aux électeurs. Fort de son expérience de terrain en tant que Maire de Carvin, deuxième ville de la circonscription, et Vice-Président du Conseil régional a conférer une dimension locale et traditionnelle à sa campagne en se tenant à l’écart de la bataille entre les deux fronts à Hénin-Beaumont reclus dans sa Mairie de Carvin. Ainsi, Kémel s’est contenté d’une seule réunion publique à l’occasion de la visite de soutien de Martine Aubry, qui n’avait pas cédé face aux demandes de certains élus locaux qui plaident en faveur du désistement du candidat socialiste en faveur de Mélenchon dès le premier tour. Philippe Kémel avait également l’avantage de n’être en rien associé aux affaires de corruption et de clientélisme qui minent la fédération socialiste du Pas-de-Calais. Mais surtout, Phillipe Kémel doit incontestablement sa présence au second tour à son fief de Carvin, seule municipalité de la circonscription où il est arrivé en 2e position.
L’équipe de campagne de Mélenchon s’accorde à justifier la défaite de Mélenchon par la publication d’un sondage juste avant le premier tour plaçant Philippe Kémel comme le candidat le mieux placé pour battre Marine Le Pen au second tour. Le candidat socialiste disposant alors d’une majorité plus confortable a donc pu bénéficier d’un vote utile de taille puisque lui permettant sa qualification au second tour au nez et à la barbe de Mélenchon qui n’apparaissait alors pas en mesure de battre le Front National. En effet, Mélenchon est tenu comme responsable de toute l’agitation médiatique déferlant sur Hénin-Beaumont qui finissait par agacer nombre d’habitants. Même si le Front National était lui aussi impliqué dans ce battage médiatique, Mélenchon, arrivé plus tardivement est considéré comme le principal coupable de ce climat de tension. Même si Mélenchon a centré sa campagne sur le terrain social en défendant l’augmentation du Smic à 1700 €, il est plus apparu comme revanchard de Marine Le Pen, menant une bataille personnelle et non électorale. Ainsi, le candidat du Front de Gauche n’est pas parvenu à se défaire de son image de « parachuté » surtout lorsqu’il avait face à lui, Marine Le Pen implantée depuis 2006 à Hénin-Beaumont et bénéficiant du solide soutien de militants de terrain qui ont collé et tracté sans relâche. Les fameux faux tracts appelant à voter pour le candidat du Front de Gauche en français et en arabe ont aussi participé à éliminer Mélenchon dès le premier tour. En effet, nombreux furent les habitants de la 11e circonscription à n’y avoir vu que du feu.
Mélenchon éliminé, le PS et son représentant, Philippe Kémel doivent désormais affronter seuls Marine Le Pen, déjà très agressive envers son nouvel opposant qu’elle considère comme un candidat « inodore, incolore, sans saveur, sans portée, et donc inutile ». Surtout, elle lui reproche de ne pas avoir dénoncé la gestion calamiteuse de l’ancien Maire d’Hénin-Beaumont, Gérard Dalongeville, démis de ces fonctions pour corruption, détournement de fonds, faux en écriture et favoritisme. Après la bataille front contre front, la guerre Front national contre Front républicain risque d’être brutale à Hénin-Beaumont. Cependant, les militants socialistes restent confiants. Marie Le Pen fait certes 42 % dès le premier tour, mais il lui sera difficile de mobiliser pour le second tour, ne pouvant tabler que sur quelques maigres réserves de voix. Fort de son enracinement local, Philippe Kémel pourra quant à lui bénéficier d’un soutien massif des électeurs de Mélenchon et aussi de la droite modérée et républicaine qu’incarne le candidat du MoDem soutenu par l’UMP, Jean Urbaniak. Derrière cette surprise qu’est l’élimination de Mélenchon au premier tour, il faut tout de même rappeler que l’abstention a atteint 42 % dans la 11e circonscription du Pas-de-Calais. Ainsi, le destin de la 11e circonscription est désormais entre les mains des abstentionnistes.
Le premier évènement a eu lieu le vendredi 1er Juin sur le marché d’Hénin-Beaumont. En effet, les passants ont pu y apercevoir une dizaine de skinheads d’extrême droite distribuant des tracts. Même si les tracts distribués dénonçaient les pratiques mafieuses de la fédération socialiste du Pas-de-Calais ainsi que le nouveau gouvernement de gauche, il est difficile de croire que ces skinheads soient affiliés au Front National local. En effet, les tracts n’appelaient aucunement à voter Marine Le mais mentionnaient surtout le Front populaire solidariste, autre mouvance de la droite radicale. Cependant, même s’il est indéniable que les tracts ne proviennent pas du FN, on peut s’interroger sur l’utilité qu’a le Front populaire solidaire à distribuer ce genre de tract dans une circonscription où ce mouvement ne présente aucun candidat si ce n’est pour soutenir Marine Le Pen. La présence de Serge Ayoub, alias « Batskin » représentant du mouvement skinhead des années 1980, comme celle de militants de la droite radicale entre en contradiction avec la politique de dédiabolisation du FN, ce qui ne manque pas d’embarrasser Marine Le Pen à moins d’une semaine du premier tour. Les adversaires de Marine Le Pen ont donc sauté sur l’occasion et profité du débat sur France3 Nord-Pas-de-Calais pour reprocher la présence de ces skinheads sur le marché d’Hénin-Beaumont à Marine Le Pen qui s’est bien défendue du fait qu’elle n’avait rien à voir avec ces derniers. Marine Tondelier, candidate écologiste, répliquant alors que la présence de ces militants d’extrême droite était une conséquence de la politique de Marine Le Pen qui a fait d’Hénin-Beaumont « l’appartement témoin » de l’extrême droite.
plaider en faveur de la régularisation de tous les sans-papiers. Même s’ils s’étaient résolus à ne pas parler de politique en dehors de leurs revendications, il est difficile de croire que leur halte à Hénin-Beaumont soit le fruit du hasard. En effet, Hénin-Beaumont est rapidement devenue une ville symbole compte tenu du contexte politique particulier mais surtout de l’implantation de Marine Le Pen qui a fait de la question de l’immigration le centre de sa campagne aux législatives. Ainsi, cet évènement apparaît plus être une contre-manifestation de l’enracinement local du Front National qu’une réelle revendication de la part des sans-papiers.
Face au duel front contre front qui se durcit à l’approche des échéances, une autre candidature fait son bout de chemin à Hénin-Beaumont. En effet, entre meeting, tractage sur les marchés et porte à porte, Marine Tondelier candidate d’EELV s’impose progressivement dans le paysage politique d’Hénin-Beaumont. Cette jeune Héninoise de 25 ans tout juste sortie de Science Po espère bien prouver que l’écologie est la meilleure solution pour répondre aux problèmes du bassin minier frappé de plein fouet par le chômage et la désindustrialisation. Pour cela, Marine Tondelier peut compter sur le succès de Jean-François Caron, maire EELV de Loos-en-Gohelle dans la circonscription voisine, qui a fait de sa commune un véritable laboratoire des idées écologistes. Ainsi, le débat organisé samedi 2 juin entre les cinq principaux candidats fut pour la candidate écologiste d’Hénin-Beaumont l’occasion de gagner en notoriété. En dénonçant le climat pesant instauré par la présence de Marine Le Pen et de Jean-Luc Mélenchon dans la 11e circonscription, Marine Tondelier a montré sa volonté de travailler sereinement et paisiblement dans l’intérêt des habitants d’Hénin-Beaumont. Malgré son temps de parole réduit et face au match dans le match, elle a su crever l’écran avec des interventions remarquées notamment sur les questions de santé et les problématiques sociales, ses domaines privilégiés. Surtout, elle a résisté aux attaques de Marine Le Pen, ne manquant de la tacler à son tour sur ses absences au Parlement Européen. Ainsi, Marine Tondelier désire montrer que Mélenchon n’est pas le seul à gauche qui combat le Front National.
Difficile d’oublier le désormais célèbre débat qui avait opposé Marine Le Pen à Jean-Luc Mélenchon lors de l’émission « Des paroles et des actes ». Ce débat, emblématique de la tension présente entre les leaders des deux Fronts avait marqué la présidentielle. En effet, Marine Le Pen avait refusé de débattre avec le candidat du Front de Gauche et de répondre à ses questions avec une certaine obstination. Dès lors que Mélenchon avait annoncé sa candidature à Hénin-Beaumont, la perspective d’un débat front contre front avait fait son bout de chemin dans l’esprit de tous. Le leader du Front de gauche avait alors annoncé son désir de débattre en duel avec Marine Le Pen, qui se prononçant plutôt pour un débat avec l’ensemble des candidats. Perspective qui demeure improbable compte tenu du fait que 14 candidats désirent décrocher un siège de député dans cette 11e circonscription du Pas-de-Calais.